Yaoundé consacre l’université comme moteur des droits de l’enfant : une conférence internationale historique
la capitale camerounaise a accueilli la Première Conférence internationale sur le rôle des académies dans la promotion et la protection des droits de l’enfant
Sous le haut patronage du Premier Ministre, représenté par le Ministre d’Etat, ministre des enseignements supérieur M. Jacques Fame Ndongo, la capitale camerounaise a accueilli la Première Conférence internationale sur le rôle des académies dans la promotion et la protection des droits de l’enfant, co-organisée par l’UNICEF Cameroun, l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC Et les universités publiques partenaires du Cameroun. Cet événement inédit a réuni plus de 1 500 participants en présentiel et 3 000 en ligne, parmi lesquels des ministres, des recteurs, des experts internationaux, des leaders religieux et traditionnels, ainsi que des jeunes étudiants engagés.
Au-delà d’un événement académique, cette conférence marque une étape structurante dans l’institutionnalisation du rôle des universités comme acteurs à part entière des systèmes nationaux et régionaux de promotion et de protection des droits de l’enfant.
L’événement a été marqué par une atmosphère à la fois studieuse et vibrante, où les débats académiques ont côtoyé les témoignages émouvants de jeunes et d’enseignants, révélant à quel point les universités peuvent être des lieux de transformation sociale. Cette articulation entre savoirs académiques, expériences vécues et dialogue intergénérationnel a illustré une approche de changement social fondée sur les normes, les valeurs et l’engagement citoyen, au cœur des dynamiques de durabilité des droits de l’enfant.
Universités : des phares pour les droits de l’enfant
Pendant deux jours, les conférences et ateliers ont exploré la manière dont les universités africaines peuvent devenir des pôles d’excellence pour les droits de l’enfant. Les participants ont discuté de la recherche, de l’enseignement, du plaidoyer et de la politique publique, avec un accent particulier sur l’héritage culturel africain, notamment la Charte du Manden (1236), qui consacrait déjà des droits fondamentaux aux enfants. « L’Afrique n’a pas attendu les conventions modernes pour reconnaître les droits fondamentaux de l’enfant. Reconnecter la recherche universitaire à nos héritages culturels, c’est bâtir une vision authentiquement africaine de la protection de l’enfant », a rappelé Nadine Perrault, Représentante de l’UNICEF au Cameroun.
Cette mise en perspective historique a permis de repositionner les droits de l’enfant non pas comme un cadre importé, mais comme un prolongement de systèmes de valeurs africains, favorisant ainsi une meilleure appropriation sociale et institutionnelle.
Les participants ont abordé des thématiques essentielles : innovation numérique, gouvernance locale, santé et inclusion, curricula sensibles aux conflits, et partenariats intersectoriels. Chaque atelier était pensé pour montrer que la science et l’éducation peuvent être des leviers puissants pour améliorer la vie des enfants et renforcer la cohésion sociale.
Des avancées concrètes pour le continent
La conférence a débouché sur plusieurs résultats majeurs :
- Création du Réseau académique africain pour les droits de l’enfant, pour favoriser la coopération interuniversitaire et le partage d’expériences.
- Engagement de neuf universités africaines à créer des Centres des Droits de l’Enfant, inspirés du modèle de l’UCAC.
- Adoption de la Déclaration de Yaoundé, affirmant le rôle central des universités dans la promotion et la protection des droits de l’enfant.
- Lancement d’un Master bilingue en Droits de l’Enfant à l’UCAC, proposé en format hybride et incluant des programmes de mobilité internationale.
Ces résultats traduisent un passage clair de l’expérimentation à l’échelle, en positionnant l’université comme un levier structurant des politiques publiques, de la formation des élites et de la production de normes sociales favorables aux droits de l’enfant. « L’université doit être un phare pour la société : un lieu où la science rencontre l’éthique, où la formation des élites s’accompagne d’un engagement pour la dignité humaine et les droits de l’enfant. L’enfant est le père de l’homme et l’avenir de l’Afrique », a insisté le Rév. Père Prof. Thomas Bienvenu Tchoungui, Recteur de l’UCAC.
Une dynamique inclusive et participative
Les enfants et adolescents ont été au cœur des échanges, notamment lors d’un dialogue spécial à l’occasion de la Journée mondiale de l’Enfance. Des sessions plénières ont abordé des thématiques clés : innovation numérique, gouvernance locale, santé et inclusion, curricula sensibles aux conflits, et partenariats intersectoriels. Loin d’une participation symbolique, ces espaces ont permis aux enfants et adolescents d’exprimer leurs attentes, leurs priorités et leurs propositions, contribuant directement aux réflexions sur les politiques et programmes. Pour Ghassan Khalil, Représentant de l’UNICEF en Grèce : « Promouvoir les droits de l’enfant en Afrique, c’est conjuguer nos héritages culturels avec les standards internationaux. Cette alliance est la clé pour des politiques publiques durables et adaptées aux réalités locales. Les universités ne sont pas seulement des lieux de savoir, elles sont des moteurs de transformation sociale. »
Des voix étudiantes engagées
Les étudiants présents ont exprimé leur enthousiasme et leur engagement pour cette initiative. « Cette conférence m’a ouvert les yeux sur le rôle que nous, étudiants, pouvons jouer pour défendre les droits des enfants. Je veux que ma recherche serve à changer la vie des plus vulnérables », confie Linda Djarsoumna, étudiante en communication à l’Université de Yaoundé II.
Clémence, Doctorante en Sociologie à l’Université Yaoundé I: « Nous avons besoin d’une approche interdisciplinaire. Les droits de l’enfant ne concernent pas seulement les juristes, mais aussi les sociologues, les psychologues, les économistes. Cette conférence nous donne les outils pour travailler ensemble. »
Un autre témoignage, celui de Miguel, récent diplômé en Master à l’UCAC : « Voir des experts internationaux et des leaders africains discuter avec nous, c’est inspirant. Cela prouve que la voix des jeunes compte dans la construction des politiques publiques. »
Ateliers et échanges : de la théorie à l’action
L’événement ne s’est pas limité aux discours. Des ateliers pratiques ont permis aux participants de réfléchir à des solutions concrètes : création de curricula adaptés aux enfants en situation de conflit, utilisation de la technologie pour la protection et le suivi des enfants, et développement de programmes universitaires intégrant le leadership citoyen.
Dans l’atelier sur l’innovation numérique et les droits de l’enfant, les participants ont imaginé des applications pour signaler les violations des droits de l’enfant et suivre les interventions des acteurs de terrain. Dans l’atelier sur la gouvernance locale, des scénarios ont été étudiés pour impliquer les municipalités dans la protection et l’éducation des enfants.
Un message fort pour l’avenir
Le Ministre de l’Enseignement supérieur a salué cette initiative en soulignant : « L’intégration des droits de l’enfant dans l’enseignement supérieur est une exigence pour former des élites conscientes et responsables. Cette conférence marque un jalon historique pour le Cameroun et pour l’Afrique. »
Avec cette conférence, Yaoundé s’impose non seulement comme un lieu d’échanges, mais comme le point de départ d’un mouvement continental structuré, visant à faire des universités africaines des acteurs stratégiques et durables de la transformation sociale, en plaçant les droits de l’enfant au cœur des politiques publiques, des savoirs académiques et des normes sociales..
Quand Yaoundé place les droits de l’enfant à l’agenda politique et diplomatique
Invité d’honneur de la conférence internationale de Yaoundé sur le rôle de l’enseignement supérieur dans la promotion et la protection des droits de l’enfant, Dr Ghassan Khalil a mené, en marge des travaux académiques, une série d’audiences de haut niveau avec des autorités politiques, des leaders religieux, des membres du Parlement, des représentants de la Cour constitutionnelle et des missions diplomatiques accréditées au Cameroun.
Ces échanges ont permis d’élargir le dialogue bien au-delà du monde universitaire et de renforcer une vision transversale des droits de l’enfant comme priorité partagée des politiques publiques, des cadres juridiques et des dynamiques sociales. Les différentes parties ont souligné l’importance d’une action concertée entre institutions publiques, autorités morales et partenaires internationaux pour garantir un environnement protecteur, inclusif et durable pour chaque enfant.
Par la portée et la diversité de ces audiences, la conférence s’est affirmée comme un catalyseur d’engagements institutionnels, contribuant à positionner le Cameroun comme un espace de dialogue stratégique et d’innovation en matière de droits de l’enfant, au croisement des sphères académique, politique et diplomatique.