Le Mouvement des Filles au Cameroun : quand les filles prennent la parole pour façonner l’avenir
Elles ont longtemps été réduites au silence. Aujourd’hui, elles prennent la parole pour écrire leur avenir. Au Cameroun, le Mouvement des Filles transforme des
Quand Aïssatou, prend le micro, la place se tait. Autour d’elle, des centaines de filles l’écoutent. Elle respire, puis parle. De son village, de l’école qu’elle a dû quitter, des peurs qu’elle a longtemps gardées pour elle. Et puis de ce jour où, pour la première fois, quelqu’un lui a posé une question simple, mais décisive : « Qu’est-ce que toi, tu veux pour ton avenir ? »
Ce jour-là, Aissatou, 16 ans, est devenue l’une des voix du Mouvement des Filles au Cameroun.
Des défis persistants, une même urgence
Au Cameroun, les filles représentent près d’un quart de la population. Pourtant, pour beaucoup d’entre elles, grandir reste synonyme d’obstacles : mariages et grossesses précoces, violences basées sur le genre, accès limité à l’éducation et aux services de santé, impacts des crises humanitaires et sécuritaires.
« Trop souvent, les décisions qui affectent la vie des filles sont prises sans elles », rappelle Nadine Perrault, la Représentante de l’UNICEF au Cameroun. « Le Mouvement des Filles part d’un principe simple mais puissant : les filles ne sont pas seulement des bénéficiaires, elles sont des actrices légitimes du changement. »
C’est de cette vision qu’est né le Girls’ Vision for the Future – Girls’ Movement, une initiative portée par l’UNICEF, le Gouvernement du Cameroun et de nombreux partenaires, pour faire des filles des actrices du changement et des voix incontournables des politiques publiques qui les concernent.
Une mobilisation nationale portée par les filles elles-mêmes
En 2025, une Caravane nationale sillonne les dix régions du Cameroun, allant à la rencontre des filles dans les zones urbaines, rurales, enclavées et affectées par les crises.
Plus de 5 600 filles, issues de tous les horizons, déplacées internes, réfugiées, filles en situation de handicap, adolescentes scolarisées ou non, prennent la parole dans des espaces sécurisés. Elles racontent leurs réalités, expriment leurs priorités, partagent leurs rêves.
Aïssatou se souvient : « Ce jour-là, on ne nous a pas jugées. On nous a écoutées. »
Pour renforcer le sentiment d’appartenance et d’unité, le Mouvement s’est doté d’une identité visuelle forte, d’un hymne et d’une chorégraphie, devenus de véritables symboles d’espoir, largement relayés par les radios communautaires et les plateformes numériques.
Un message simple, repris partout : « Ceci est le Girls’ Movement. »
Des chiffres qui parlent
Derrière chaque chiffre, il y a une histoire, un visage, un rêve. En moins d’un an, le Mouvement des Filles a mobilisé 7 018 enfants, dont 5 632 filles, pour faire entendre leurs voix dans les dix régions du Cameroun. Il a distribué 729 kits sanitaires, organisé 38 consultations communautaires. À travers le podcast “Cyber Queen”, des milliers de jeunes ont été sensibilisés aux dangers du cyberharcèlement, tandis qu’une campagne environnementale a rassemblé 150 filles autour de la lutte contre la pollution plastique. Ces chiffres ne sont pas de simples données : ils incarnent une dynamique, une énergie collective qui transforme la réalité des filles en actions concrètes et en espoir durable.
Du plaidoyer à l’action : un manifeste pour les droits des filles
À 18 ans, Janelle fait partie de la Taskforce des filles chargée de rédiger le Manifeste des Filles du Cameroun. Pendant une journée, elles débattent, réécrivent, affinent chaque mot. « Ce n’est pas un texte pour les adultes. C’est notre texte à nous », explique-t-elle.
Présenté lors du Forum national sur les droits des filles, qui a réuni plus de 1 500 filles venues de toutes les régions du Cameroun, le Manifeste a marqué un moment historique. Il s’accompagne d’une pétition nationale appelant à des actions concrètes et immédiates. Pour la première fois, les priorités des filles ont été portées directement devant les décideurs, dans un espace conçu pour elles et avec elles.
S’adressant aux participantes lors de la clôture du Forum, la Représentante de l’UNICEF au Cameroun a lancé un message fort et profondément symbolique : « J’espère que chacune d’entre vous repartira dans sa région, sa communauté, son foyer, fière de ces accomplissements. Et qu’un jour, vous pourrez dire à vos enfants, puis à vos petits-enfants : j’y étais. J’ai pris part à ce mouvement qui a changé nos vies et les vôtres. »
Ces mots ont résonné comme une promesse et une responsabilité partagée : faire du Mouvement des Filles non pas un événement ponctuel, mais le point de départ d’un changement durable pour les générations à venir.
Pour la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), ce forum marque une étape décisive : « Ce Forum national vise la promotion holistique des droits des filles afin de favoriser leur plein épanouissement. Conçu pour les filles et avec les filles, le Mouvement s’inscrit dans les engagements du Cameroun au titre de la Convention relative aux droits de l’enfant et de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. »
Investir dans les leaders de demain
À Yaounde, Mireille, 21 ans, participe au programme de mentorat « Ma COTA ». Étudiante déterminée mais souvent en doute, elle est mise en relation avec une femme leader. Les rencontres changent sa trajectoire. « Elle ne m’a pas dit quoi faire. Elle m’a montré que c’était possible. »
À travers ce programme, des adolescentes sont accompagnées par des ministres, entrepreneures, professionnelles et figures engagées. Elles développent leur confiance, leur leadership et leur capacité à se projeter. Le Girls’ Movement ne se contente pas d’écouter les filles : il investit en elles.
Un engagement collectif pour un changement durable
Le Mouvement des Filles repose sur une mobilisation multisectorielle réunissant ministères clés, agences des Nations unies, organisations de la société civile, leaders communautaires, secteur privé et médias. Cette synergie a permis de faire des droits des filles une priorité visible à l’échelle nationale.
Aujourd’hui, le Mouvement dépasse le cadre d’une campagne. Il s’affirme comme une plateforme nationale durable, appelée à nourrir l’élaboration d’un Agenda national pour les droits des filles, aligné sur les priorités du Cameroun et porté par l’engagement continu des filles elles-mêmes.
« Notre avenir commence maintenant »
Aissatou, Janelle, Mireille. Elles ont des prénoms différents, des histoires uniques, mais une conviction commune : leur avenir mérite d’être construit avec elles, pas pour elles. À travers le Cameroun, des milliers de filles prennent désormais la parole, occupent l’espace public et rappellent une vérité essentielle : Quand les filles mènent, le changement devient possible.
En les écoutant, en les soutenant et en agissant à leurs côtés, l’UNICEF et ses partenaires réaffirment une certitude essentielle : lorsque les filles dirigent, les communautés avancent, et les nations se transforment.