Raïssa Edo : « La crise du COVID19 m’a permise de me découvrir et de la surpasser »

J’ai compris que plus rien n’allait être comme avant. J’ai vu le monde entier en plein tourment, j’ai compris qu'il fallait adopter de nouvelles stratégies.

COVID-19 : de l’inattendu L’entreprise « Saveurs du Lapin » connait particulièrement une belle ambiance ce matin du 10 février 2021. La promotrice Raïssa Edo comme à l’accoutumée s’est levée de très bonne heure pour travailler dans sa ferme. Elle débute généralement ses journées par la recherche du fourrage pour nourrir ses lapins. Cette tâche achevée, elle prépare les livraisons pour ses clients. Le sourire radieux, la motivation de la jeune fille entrepreneure agropastorale est encore plus forte ce jour. Le produit en préparation sera livré chez une cliente qu’elle a perdue depuis quasiment un an. Et pour cause ? la pandémie COVID-19.

Pour la petite entreprise

Raïssa Edo est une entrepreneure âgée de 35 ans et mère de deux enfants.  Elle a investi dans la cuniculture à Mbankomo, une banlieue de Yaoundé, capitale politique du Cameroun. Grâce à l’appui technique et financier du Programme de Promotion de l’Entrepreneuriat Agropastoral des Jeunes (PEA-Jeunes), financé par le FIDA, elle lance ses activités en février 2019. Alors que son entreprise connaissait une progression satisfaisante (voir encadré), que va survenir en mars 2020 au Cameroun, la crise sanitaire COVID-19.

La passionnée des lapins va essuyer un déclin dans les ventes dès la mise en application des mesures barrières édictées par le gouvernement. Dans les messages de sensibilisation de l’Organisation Mondiale de la Santé et du gouvernement, diffusés en boucle, il est recommandé d’éviter les animaux et de respecter la distanciation sociale. Conséquence, les clients de Raïssa n’ont plus sollicité la chair blanche à la veille de la fête pascale. Un risque inattendu pour la jeune qui avait pourtant planifié écouler la plupart de sa marchandise à cette occasion traditionnellement marquée par les festivités (voir encadré). Les effets vont s’étendre sur plus de quatre mois. Lorsque tout a basculé, la jeune éprise de la cuniculture ne s’est pas laissée abattre. Elle renchérit : « au milieu de ce tumulte, j’ai compris que plus rien n’allait être comme avant. J’ai vu le monde entier en plein tourment. J’ai aussi compris qu'il fallait adopter de nouvelles stratégies pour survivre. Je devais donc me réinventer, car, mon entreprise Saveurs du lapin est ma seule source de revenus »

Crise du COVID-19 : l’innovation et la diversification comme force de réponse

Raïssa Edo est aujourd’hui fière de la nouvelle allure de son activité. La cliente de ce jour fait partie des reconquis. L’innovation a été son outil salvateur. Partant des bienfaits de la chair blanche sur la santé, la jeune fille a initié des contacts avec les nutritionnistes. De ce fait, l’entreprise s’est tournée totalement vers l’élevage biologique. La formule de l’aliment des lapins a été fondamentalement revue. Les sujets sont nourris à 90% par les ingrédients naturels. Une opportunité de marché attrayante et bien étudiée. La collaboration établie avec les nutritionnistes a considérablement enrichi son carnet d’adresse. Ces derniers réfèrent les patients dans sa ferme. Pour valoriser les bonnes pratiques biologiques dans son entreprise, la promotrice a institué l’organisation des « journées de dégustation ». Le concept « lapin bio » séduit. Même l’environnement en bénéficie. Raïssa Edo évoque cet aspect avec enthousiasme : « Je suis heureuse d’avoir opté pour l’éco responsable. Dans mon entreprise, je recycle et valorise tous les déchets de la ferme. De la production des bio fertilisants à la fabrication des chaussures avec les peaux et fourrures de lapin en passant par la production de l’insecticide biologique à base des fèces et urine de lapin. Mes lapins sont essentiellement soignés par les plantes médicinales ». Avec ces techniques, l’entreprise offre aux personnes soucieuses de leur santé une viande saine, goûteuse qui allie plaisir et exigence de bien-être. Bien plus, cela permet de réduire le coût de production.

Mbamkomo, dans cette zone peri-urbaine où fleurit son activité, le fourrage naturel se fait rare. L’entrepreneure a anticipé en signant des contrats avec les coopératives et d’autres jeunes engagés dans la production des ingrédients dont elle a besoin. Ainsi, la petite économie locale se développe tout en créant des emplois. La durabilité de son entreprise est par ricochet assurée.

La jeune ambitieuse s’est aussi engagée sur le plan social. Outre le fait de recevoir pour formation les jeunes stagiaires envoyés par les structures d’incubation, elle a lancé un programme pour soutenir la jeune fille mère célibataire généralement très vulnérable. A date, elle en a déjà formé une dizaine. Des jeunes qu’elle installe à la fin de la formation en leur offrant un couple de lapins. Une production qu’elle rachète pour pouvoir satisfaire la demande croissante pour ses « lapins bio ». 

L’optimisme à l’horizon

Les chemins sinueux de l’entreprenariat n’ont plus de secret pour Raïssa Edo qui engrange déjà des prix avec le nouveau concept de son entreprise. En décembre 2020, elle a remporté le deuxième prix à hauteur d'un million cent mille FCFA pour son entreprise jugée innovante et à impact social. Un prix décerné par « African Women Entrepreneurship program (AWEP Camerooon) ». Le réseau de femmes entrepreneures parrainé par l’Ambassade des Etats-Unis au Cameroun. Raïssa Edo fait partie de ces jeunes filles qui font preuve d’un leadership avéré. Les autorités administratives et municipales de la localité s’appuient désormais sur elle pour sensibiliser d’autres jeunes filles en particulier à l’agribusiness.

 

 

 

 

Entités des Nations Unies impliquées dans cette initiative
FIDA
Fonds International de Développement Agricole